Séance 11 - Politique et culture numérique : I – Révolutions numériques

Structure de la présentation

  • Enjeux de nature : Acteurs, espaces et dynamiques
  • Enjeux d'efficacité
  • Enjeux de contrôle

Enjeux de nature

Enjeux de nature - 1

[W]e not only have to reconsider where to look, but we also have to reconsider what we are looking for. In this sense, a porous approach to what is political is desired, one that will allow for a more individualised, lifestyle-based approach to politics.

[N]ous devons non seulement reconsidérer où chercher, mais aussi ce que nous cherchons. En ce sens, une approche poreuse de ce qui est politique est souhaitée, une approche qui permettra une analyse plus individualisée, basée sur le style de vie, de la politique.

Todd Graham, « Needles in a haystack: a new approach for identifying and assessing political talk in nonpolitical discussion forum" », dans Javnost - The Public, vol. 15, no 2, p. 18.

Enjeux de nature - 2

[T]he Internet makes everyday political talk visible. Seas of informal political conversations, which researchers in the past have had difficulties gaining access to, are now readily available online due to the archiving wonders of the Internet. Moreover, the Internet makes political talk visible not just for researchers, but also for people and participants.

L'Internet rend visible le discours politique quotidien. Des myriades de conversations politiques informelles, auxquelles les chercheurs ont eu du mal à avoir accès par le passé, sont désormais facilement accessibles en ligne grâce aux merveilles de l'archivage sur Internet. En outre, l'Internet rend le discours politique visible non seulement pour les chercheurs, mais aussi pour les personnes et les participants.

Ibid., p. 21.

Enjeux de nature - 3

Nathan Rambukkana (dir.), Hashtag publics. The Power and Politics of Discursive Networks, New York, Peter Lang, 2015.

Enjeux de nature - 4 - La chambre d'écho - 1

Kathleen Hall Jameson et Joseph N. Cappella, Echo Chamber. Rush Limbaugh and the Conservative Media Establishment, Oxford, Oxford University Press, 2010.

Enjeux de nature - 5 - La chambre d'écho - 2

In a democracy, people do not live in echo chambers or information cocoons. They see and hear a wide range of topics and ideas. They do so even if they did not, and would not, choose to see and to hear those topics and those ideas in advance. These claims raise serious questions about certain uses of new technologies, above all the Internet, and about the astonishing growth in the power to choose—to screen in and to screen out.

Dans une démocratie, les gens ne vivent pas dans des chambres d'écho ou des cocons d'information. Ils voient et entendent un large éventail de sujets et d'idées. Ils le font même s'ils n'ont pas choisi, et ne choisiraient pas, de voir et d'entendre ces sujets et ces idées à l'avance. Ces affirmations soulèvent de sérieuses questions quant à certaines utilisations des nouvelles technologies, en particulier de l'Internet, et quant à l'étonnante croissance du pouvoir de choisir, de filtrer et d'exclure.

Cass R. Sunstein, Republic.com 2.0, Princeton, Princeton University, 2007, p. xi.

Enjeux de nature - 6 - La chambre d'écho - 3

We say that an echo chamber exists if the political leaning of the content that users receive from the network agrees with that of the content they share.

Nous disons qu'une chambre d'écho existe si la tendance politique du contenu que les utilisateurs reçoivent du réseau correspond à celle du contenu qu'ils partagent.

Kiran Garimella et al., « Political Discourse on Social Media: Echo Chambers, Gatekeepers, and the Price of Bipartisanship », dans WWW '18 Proceedings of the 2018 World Wide Web Conference, Lyon, 2018, p. 913.

Enjeux de nature - 7 - La guerre de tranchées

The Habermasian ideal is that debaters will change their minds according to the quality of the arguments presented in the debate. The literature on motivated reasoning has rather shown that people’s prior attitudes strongly bias how they process arguments, and that this bias is reinforced not only through selective exposure but also through selective judgment processes. Therefore, when people are presented with opposing arguments in online debates, these arguments may not make debaters question and alter their initial opinion, but instead lead to a stronger belief in the previously held opinion. We call this trench warfare dynamics.

L'idéal habermassien est que les débatteurs changent d'avis en fonction de la qualité des arguments présentés dans le débat. La littérature sur le raisonnement motivé a plutôt montré que les attitudes antérieures des gens influencent fortement la façon dont ils interprètent les arguments, et que ce biais est renforcé non seulement par une exposition sélective mais aussi par des jugement sélectifs. Par conséquent, lorsque des arguments opposés sont présentés à des personnes dans des débats en ligne, ces arguments peuvent ne pas amener les débatteurs à remettre en question et à modifier leur opinion initiale, mais plutôt à renforcer leur croyance dans l'opinion qu'ils avaient précédemment. C'est ce que nous appelons la dynamique de la guerre des tranchées.

Rune Karlsen et al., « Echo chamber and trench warfare dynamics in online debates », dans European Journal of Communication, vol. 32, no 3, p. 258.

Enjeux d'efficacité

Enjeux d'efficacité - 1

In the wake of the momentous changes that swept the region in 2011 [...] and the widespread belief that social media played at least a supporting role in those events, scholars are again confronting the question of social media’s role in revolts and revolutions. Yet too often this discourse amounts to asking: “Was it a social media revolution?” and then manning the barricades for one’s preferred position on the question. The extant discourse on “social media revolutions” is doubly frustrating since the mono-causality of social media is rejected out of hand by the very digital activists whose efforts played so crucial a role in the uprisings.

Dans le sillage des changements considérables qui ont balayé la région en 2011 [...] et de la croyance répandue que les médias sociaux ont joué au moins un rôle de soutien dans ces événements, les universitaires sont de nouveau confrontés à la question du rôle des médias sociaux dans les révoltes et les révolutions. Pourtant, ce discours se résume trop souvent à se poser la question "S'agissait-il d'une révolution des médias sociaux ?" avant de monter aux barricades pour défendre sa position préférée sur la question. Le discours actuel sur les "révolutions des médias sociaux" est doublement frustrant car la mono-causalité des médias sociaux est rejetée d'emblée par les activistes numériques dont les efforts ont joué un rôle si crucial dans les soulèvements.

David M. Farris, « Beyond ‘Social Media Revolutions’. The Arab Spring and the Networked Revolt », dans Politique étrangère, no 1 (Printemps 2012), p. II.

Enjeux d'efficacité - 2

Egyptians did not need a Facebook page in 1977 to tell them to take the streets to push back against the regime’s destructive policy changes, nor did Iranians organize their efforts against the Shah via mobile phone. Every major social revolution prior to this decade took place without social media, and thus we can only conclude that the presence of social media is neither necessary nor sufficient to spur collective action in non-democratic societies.

En 1977, les Égyptiens n'avaient pas besoin d'une page Facebook pour leur dire de descendre dans la rue afin de s'opposer aux changements de politiques destructeurs du régime, et les Iraniens n'ont pas non plus organisé leurs efforts contre le Shah par le biais du téléphone portable. Toutes les grandes révolutions sociales antérieures à cette décennie se sont déroulées sans médias sociaux. Nous ne pouvons donc que conclure que la présence de médias sociaux n'est ni nécessaire ni suffisante pour stimuler l'action collective dans les sociétés non démocratiques.

Ibid., p. IV.

Enjeux d'efficacité - 3 - Slacktivism - 1

“Slacktivism” is an apt term to describe feel-good online activism that has zero political or social impact. It gives those who participate in “slacktivist” campaigns an illusion of having a meaningful impact on the world without demanding anything more than joining a Facebook group. Remember that online petition that you signed and forwarded to your entire contacts list? That was probably an act of slacktivism… “Slacktivism” is the ideal type of activism for a lazy generation: why bother with sit-ins and the risk of arrest, police brutality, or torture if one can be as loud campaigning in the virtual space?

Le "slacktivisme" est un terme approprié pour décrire l'activisme en ligne qui n'a aucun impact politique ou social. Il donne à ceux qui participent aux campagnes "slacktivistes" l'illusion d'avoir un impact significatif sur le monde sans exiger autre chose que de rejoindre un groupe Facebook. Vous vous souvenez de cette pétition en ligne que vous avez signée et transmise à toute votre liste de contacts ? C'était probablement un acte de slacktivisme... Le "slacktivisme" est le type de militantisme idéal pour une génération paresseuse : pourquoi s'embêter avec des sit-in et le risque d'arrestation, de brutalité policière ou de torture si l'on peut faire campagne aussi bruyamment dans l'espace virtuel ?

Evgeny Morozov, « The brave new world of slacktivism », dans Foreign Policy, 19 mai 2009.

Enjeux d'efficacité - 3 - Slacktivism - 2

[It] still managed to mobilize millions of young, largely white, Americans - typically thought to be too self-involved to care about world affairs - to consume and spread a story about the plight of black children in a far-off land. And, unlike so many other activist documentaries, KONY 2012 did not only preach to the converted. Rather, it managed to capture the attention of teenagers, that most elusive of demographics, by reframing a complex issue as an urgent, timely, and righteous cause with a clear cast of villains, victims, and heroes.

Elle a tout de même réussi à mobiliser des millions de jeunes Américains, en grande partie blancs - généralement considérés comme trop égocentriques pour s'intéresser aux affaires du monde - pour consommer et diffuser une histoire sur le sort d'enfants noirs dans un pays lointain. Et, contrairement à tant d'autres documentaires militants, KONY 2012 n'a pas seulement prêché aux convertis. Il a plutôt réussi à capter l'attention des adolescents, ce groupe démographique le plus insaisissable, en recadrant un problème complexe comme une cause urgente, opportune et juste, avec un casting clair de méchants, de victimes et de héros.

Christopher Boulton, « In Defense of “Slacktivism”: How KONY 2012 Got the Whole World to Watch », dans Debates for the Digital Age: The Good, the Bad, and the Ugly of our Online World. Volume 1: The Good, p. 329.

Enjeux d'efficacité - 4 - Slacktivism - 3

[E]ven if the most jubilant views are unwarranted, no evidence was found to suggest that the Internet is directly harmful for democratic engagement, which is what the accusations of slacktivism propose. The Internet sparks new forms of civic engagement that differ from previous forms of engagement. Even if these new activities are effortless and do not expose the participants to risks of any harm, they can give rise to intensely energetic efforts for limited periods of time. Most importantly, no results suggest that the Internet activists are substituting their offline engagement with the possibilities the Internet offers, which has been a central accusation against Internet participation.

Même si les opinions les plus jubilatoires ne sont pas justifiées, aucune preuve n'a été trouvée pour suggérer qu'Internet est directement nuisible à l'engagement démocratique, ce que laissent entendre les accusations de slacktivisme. L'Internet suscite de nouvelles formes d'engagement civique qui diffèrent des formes d'engagement précédentes. Même si ces nouvelles activités n'impliquent pas d'effort et n'exposent pas les participants à des risques d'un quelconque préjudice, elles peuvent donner lieu à un engagement intense pendant des périodes de temps limitées. Plus important encore, aucun résultat ne suggère que les cyberactivistes remplacent leur engagement hors ligne par de l'engagement sur Internet, ce qui a été une des principales accusations portées contre la participation politique sur Internet.

Henri Serup Christensen, « Simply slacktivism? Internet participation in Finland », dans JeDEM : Journal of Democracy and Open Government, vol. 4, no 1 (2012), p. 18.

Enjeux de contrôle

Enjeux de contrôle - 1

[C]yber-utopians did not predict how useful it would prove for propaganda purposes, how masterfully dictators would learn to use it for surveillance, and how sophisticated modern systems of Internet censorship would become. Instead most cyber-utopians stuck to a populist account of how technology empowers the people, who, oppressed by years of authoritarian rule, will inevitably rebel, mobilizing themselves through text messages, Facebook, Twitter, and whatever new tool comes along next year. [...] Paradoxically, in their refusal to see the downside of the new digital environment, cyber-utopians ended up belittling the role of the Internet, refusing to see that it penetrates and reshapes all walks of political life, not just the ones conducive to democratization.

[L]es cyber-utopistes n'ont pas prédit jusqu'à quel point l'Internet deviendrait utile pour la propagande, le brio avec lequel les dictateurs apprendraient à l'utiliser pour la surveillance et le niveau de sophistication des systèmes modernes de censure de l'Internet. Au lieu de cela, ils s'en sont tenus à un récit populiste sur la façon dont la technologie donne du pouvoir au peuple, qui, opprimé par des années de régime autoritaire, se rebellera inévitablement, se mobilisant par le biais de messages textuels, de Facebook, de Twitter et de tout autre nouvel outil apparaissant l'année suivante. Paradoxalement, dans leur refus de voir les inconvénients du nouvel environnement numérique, ils ont fini par déprécier le rôle d'Internet, refusant de voir qu'il pénètre et remodèle tous les aspects de la vie politique, et pas seulement ceux qui sont propices à la démocratisation.

Evgeny Morozov, The Net Delusion : The Dark Side of Internet Freedom, New York, Public Affairs, 2011, p. xiv.

Enjeux de contrôle - 2

To be a gatekeeper means to exercise control over what information reaches society and how social reality is framed. Gatekeepers “facilitate or constrain the diffusion of information as they decide which messages to allow past the gates”. Traditionally, these decisions have been associated with journalism, and, even today, print and broadcast media companies remain important contributors to our information environment.

Être un gatekeeper signifie exercer un contrôle sur les informations qui parviennent à la société et sur la manière dont la réalité sociale est encadrée. Les gatekeepers "facilitent ou limitent la diffusion de l'information en décidant quels messages doivent passer les portes". Traditionnellement, ces décisions ont été associées au journalisme et, aujourd'hui encore, les entreprises de presse écrite et audiovisuelle continuent de contribuer de manière importante à notre environnement informationnel.

Julian Wallace, « Modelling Contemporary Gatekeeping », dans Digital Journalism, vol. 6, no 3, p. 274.

Enjeux de contrôle - 3

In recent years, gatekeeping tasks are increasingly carried out by non-journalistic actors and platforms. For example, in Egypt and Turkey, the social network Twitter was used to circumvent information control by state media and to propagate alternative news items. In western democracies, non-mainstream news sources like individuals on social media or alternative news portals compete successfully against institutionalised news outlets for power over the public agenda. As traditional journalism’s control over publicly available information recedes, new actors like Google and Facebook or blogs like Breitbart emerge that follow strategic or personal interests and influence the selection and dissemination of information.

Ces dernières années, les tâches de contrôle sont de plus en plus assumées par des acteurs et des plateformes non journalistiques. Par exemple, en Égypte et en Turquie, le réseau social Twitter a été utilisé pour contourner le contrôle de l'information par les médias d'État et pour propager des informations alternatives. Dans les démocraties occidentales, les sources d'information non traditionnelles, comme les individus sur les médias sociaux ou les portails d'information alternatifs, rivalisent avec succès avec les organes d'information institutionnalisés pour le pouvoir sur l'agenda public. À mesure que le contrôle du journalisme traditionnel sur les informations accessibles au public recule, de nouveaux acteurs comme Google et Facebook ou des blogs comme Breitbart émergent, qui suivent des intérêts stratégiques ou personnels et influencent la sélection et la diffusion des informations.

Ibid., p. 275.

Enjeux de contrôle - 4

When algorithms draw boundaries by deciding which of the 1,500 potential Facebook stories to make visible on a particular user’s news feed, such decisions are never made in isolation of people. When people make boundaries by attributing algorithmic outcomes to inferences made by a piece of computer code, these attributions rely on the material arrangements that let people make such claims to begin with. If the machine is involved, then people are too.

Lorsque les algorithmes fixent des limites en décidant quelles sont les 1 500 histoires potentielles de Facebook à rendre visibles sur le fil d'actualité d'un utilisateur particulier, ces décisions ne sont jamais prises sans tenir compte des personnes. Lorsque des personnes établissent des limites en attribuant des résultats algorithmiques à des déductions faites par un morceau de code informatique, ces attributions reposent sur les arrangements matériels qui permettent aux personnes de faire de telles affirmations pour commencer. Si la machine est impliquée, les gens le sont aussi.

Taina Bucher, If... Then. Algorithmic Power and Politics, New York, Oxford University Press (Oxford Studies in Digital Politics), 2018, p. 159.

Conclusion