[N]ous ne vivons pas dans le même monde que la rhétorique antique et la parole n’y est pas contrainte par les mêmes dispositifs ; ce qui était une discipline unique, la rhétorique, est aujourd’hui éclaté en diverses disciplines théoriques et pratiques qui ont des intérêts distincts [...].
[R]hetoric is a mode of altering reality, not by the direct application of energy to objects, but by the creation of discourse which changes reality through the mediation of thought and action.
La rhétorique est un moyen de modifier la réalité, non pas par l'application directe d'énergie aux objets, mais bien plutôt par la création d'un discours qui la modifie par la médiation de la pensée et de l'action.
[L'objet] de cette théorie est l'étude des techniques discursives permettant de provoquer ou d'accroître l'adhésion des esprits aux thèses qu'on présente à leur assentiment.
Le sens d'un énoncé comporte, comme partie intégrante, constitutive, cette forme d'influence que l'on appelle la force argumentative. Signifier, pour un énoncé, c'est orienter.
[L'analyse rhétorique ou argumentative est une] branche de l’analyse du discours dans la mesure où elle entend éclaircir des fonctionnements discursifs en explorant une parole située et au moins partiellement contrainte.
Une plaidoirie a une nette visée argumentative : elle se donne comme objectif premier de faire admettre l’innocence de l’inculpé que l’avocat a pour tâche de défendre, ou de présenter des circonstances atténuantes qui diminueront sa peine. Une description journalistique ou romanesque, par contre, aura une dimension plutôt qu’une volonté argumentative. Elle apparaît souvent comme une simple tentative de donner à voir un pan de réel ; elle ne désire pas prouver, et parfois même s’en défend. Elle ne peut manquer, cependant, d’orienter le regard et de conférer au paysage ou au personnage qu’elle prend comme thème une coloration et un sens particuliers.
L’hétérogénéité sémiotique de ces nouvelles productions littéraires permet de mettre en évidence que la dimension non seulement verbale mais également visuelle, iconique-textuelle, audiovisuelle, sonore et musicale de ces œuvres possède un potentiel d’« argumentativité »
[W]e need to articulate a specific formulation for digital rhetoric for three reasons: at the level of theory, it allows for the use of and alliance with other fields not typically associated with printed text or speech; it prompts a critical view of current rhetorical theories and methods and opens up the question of whether new theories and new methods can or should be developed; and it provides the boundary condition necessary for the emergence of a new field of study.
Nous devons produire une formule spécifique pour la rhétorique numérique pour trois raisons : au niveau de la théorie, elle permet l'utilisation et l'alliance avec d'autres domaines qui ne sont pas généralement associés au texte imprimé ou au discours ; elle incite à une vision critique des théories et des méthodes rhétoriques actuelles et soulève la question de savoir si de nouvelles théories et de nouvelles méthodes peuvent ou doivent être développées ; et elle fournit la frontière nécessaire à l'émergence d'un nouveau domaine d'étude.
Digital rhetoric is […] an amalgam of more-or-less discrete components rather than a complete and integrated theory in its own right.
La Digital Rhetoric est [...] un amalgame de composants plus ou moins autonomes plutôt qu'une théorie complète et intégrée.
En étudiant la place de l’outil dans l’imaginaire des auteurs de littérature numérique, notre démarche vise à dégager certains éléments d’énonciation potentiellement apportés par les outils‐logiciels, que nous appelons « rhétoriques », destinés à structurer de façon stratégique le contenu apporté aux auteurs, à les influencer jusqu’à un certain point dans leurs choix, et à formater ainsi en amont les discours qu’ils vont adresser à leur tour à des lecteurs. Il nous semble en effet intéressant de pointer ce que les outils « dévoilent » comme stratégies de manipulation, ou pour reprendre une expression de Stéphane Vial, comment ces outils nous font « apparaître » le monde. Comme l’auteur d’un texte numérique anticipe lors de l’acte d’écriture sur les pratiques du lecteur, l’outil propose des discours qui constituent un ensemble d’implicites anticipant sur les pratiques de l’auteur‐concepteur d’œuvres de littérature numérique, dont la conséquence serait la création d’un paradigme de l’« impensé ».
Ces « figures » de l’outil‐logiciel peuvent à la fois faciliter l’appropriation, et susciter des attentes. […] L’outil‐pinceau, par exemple, offre au concepteur la possibilité de « peindre ». L’icône fait appel à l’outil que nous connaissons dans l’univers papier, mais les possibilités offertes vont au‐delà d’une utilisation « traditionnelle » d’un pinceau. L’outil « réagit » aux formes rencontrées et, comme un pinceau le ferait, il peut remplir les formes mais de façon constante, sans les variations qui pourraient survenir au moment du tracé avec l’outil‐manuel.
With the emergence and, now, ubiquity of Internet-based communications, it is long past time to revive the rhetorical canon of delivery. Not your father’s Oldsmobile but an updated vehicle, an expanded and retheorized notion of delivery designed for the distinctive rhetorical dynamics of Internet-based communication. […] Understanding how the range of digital delivery choices influences the production, design, and reception of writing is essential to the rhetorical art of writing in the digital age. Rhetoric theorists need to understand this point, as do HCI (human-computer interaction) designers, technical communicators, digital media developers, etc.
Avec l'émergence et, maintenant, l'omniprésence d'Internet, il est grand temps de faire revivre le canon rhétorique de l'actio. Il ne s'agit pas de la Oldsmobile de votre père, mais d'un véhicule actualisé, d'une notion élargie et réthéorisée de l'actio, conçue pour la dynamique rhétorique particulière de la communication sur Internet. [...] Comprendre comment l'éventail des choix de diffusion numérique influence la production, la conception et la réception des écrits est essentiel à l'art rhétorique de l'écriture à l'ère numérique. Les théoriciens de la rhétorique doivent comprendre ce point, tout comme les concepteurs des IHM (interfaces humains-machines), les communicateurs techniques, les développeurs de médias numériques, etc.
The term rhetorical velocity, as we deploy it in this webtext, means a conscious rhetorical concern for distance, travel, speed, and time, pertaining specifically to theorizing instances of strategic appropriation by a third party.
L'expression de vélocité rhétorique, tel que nous l'utilisons dans ce webtext, signifie une préoccupation rhétorique consciente pour la distance, le voyage, la vitesse et le temps, se rapportant spécifiquement à la théorisation des instances d'appropriation stratégique par une tierce partie.
[R]hetorical velocity is the strategic theorizing for how a text might be recomposed (and why it might be recomposed) by third parties, and how this recomposing may be useful or not to the short- or long-term rhetorical objectives of the rhetorician. In this sense, the rhetorician weighs the positive and negative possibilities of different types of textual appropriation against desired objectives: “If I release the video in this format, could the video be used in this way, and would it be worth their time to do this? And would it be supportive of my objectives for them to do that?"
La vélocité rhétorique est la théorisation stratégique de la manière dont un texte pourrait être recomposé (et pourquoi il pourrait être recomposé) par des tiers, et comment cette recomposition pourrait être utile ou non aux objectifs rhétoriques à court ou long terme du rhéteur. En ce sens, le rhétoricien pèse les possibilités positives et négatives des différents types d'appropriation textuelle par rapport aux objectifs souhaités : "Si je diffuse la vidéo dans ce format, la vidéo pourrait-elle être utilisée de cette manière, et cela vaudrait-il la peine de le faire ? Et est-ce que cela soutiendrait mes objectifs qu'ils le fassent ?".
[T]out ce qui, dans l’énonciation discursive, contribue à émettre une image de l’orateur à destination de l’auditoire. Ton de voix, débit de la parole, choix des mots et arguments, gestes, mimiques, regard, posture, parure, etc., sont autant de signes, élocutoires et oratoires, vestimentaires et symboliques, par lesquels l’orateur donne de lui-même une image psychologique et sociologique.
[L'ethos est] construit sur la base deux mécanismes de traitements distincts, l’un reposant sur le décodage linguistique et le traitement inférentiel des énoncés, l’autre sur le regroupement de faits en symptômes, opération de type diagnostic, qui mobilise des ressources cognitives de l’ordre de l’empathie.
[L]a représentation sociale qui catégorise le locuteur, sa réputation individuelle, l’image de sa personne qui dérive d’une histoire conversationnelle ou textuelle, son statut institutionnel et social, etc.