Il se peut que j'aille aussi à Montréal mais j'attends une lettre de Barbeau. Il y a cette affaire de l'Académie dont il m'a parlé. Je trouve que c'est un noble projet et j'ai donné mon adhésion. J'ignore tout le détail des constitutions futures. Je me rappelle que Barbeau a parlé d’une sorte de condition disjonctive : on ne pourrait être à la fois de l'Académie et de la Soc. Royale. Tu sais la mauvaise impression que l'entrée d'un certain journaliste a causée. Et puis, il y a le vent de l'autonomie qui souffle bon.
En 1944, un appel téléphonique de Monsieur Barbeau me clouait littéralement sur place. Il m’invitait à occuper l’un des vingt-quatre fauteuils de l’Académie. Je me souviens d’avoir balbutié mon acceptation sans la moindre hésitation. Je me demande ce que pense Monsieur Barbeau de ce trop prompt acquiescement. J’aurais dû manifester un peu plus de réserve et lui répondre, avec le poète : Cette faveur, c’est en la refusant que je m’en rendrai digne, mais je n’y pensai que trop tard.
J'ai été nommé archiviste-adjoint en juillet. C'est la deuxième fois que je monte en grade. Cela me force à ne pas oublier les bienfaits dont j'ai été objet et à m'éloigner des champs de batailles. Et pour toi, garde-moi ce secret, je suis tenu d'être à l'écart des mouvements où il y a de la lutte, coups, bataille, car il y aura réactions très violentes. Vous avez déclaré la guerre. Je me demande pourquoi. Ce malheureux article des statuts de votre société va déclencher toute une action hostile. Pour beaucoup de raisons, je ne peux en être.
Il m'est venu d'Ottawa les nouvelles les plus pénibles sur son compte. On m'assure qu'il est toujours ivre, qu'il a perdu sa situation de fonctionnaire à cause de cela, qu'on le ramasse dans la rue, au bureau, qu'on l'a conduit au poste, qu'il a fait du scandale à une réunion publique, Dieu sait quoi encore. Qu'il boive, je le sais, l'en plains mais je ne m'en scandalise pas. Qu'il se conduise comme un voyou, j'ai du mal à le croire.
Organizations with ambiguous or disputed goals are likely to be dependant upon appereances for legitimacy. Such organizations may find it to their advantages to meet the expectations of important constituencies about how they should be designed and run.
The ubiquity of certain kinds of structural arrangements can more likely be credited to the universality of mimetic processes than to any concrete evidence that the adopted models enhance efficiency.
[I]n spite of an infinite supply of names from which to choose, organizations seem to converge on a few overworked words and patterns. Institutional pressures for conformity to constitutive rules offer an explanation. Broad-based sociocultural norms and more local activities […] give rise to rulelike industry "recipes" […] that define what is credible, appropriate, or legitimate in a name.
Au premier congrès de notre société, vous aviez présenté une proposition relative à la fondation d'une Académie canadienne. Aviez-vous poussé alors l'optimisme jusqu'à en préparer la constitution? Sinon, connaissez-vous celle de l'Académie française? Quelles précisions pourriez-vous me fournier là-dessus? Quelque chose me trotte par la tête dont je vous entretiendrai un jour de vive voix.
Voici, dans un ancien volume, le vingt-quatrième article des statuts de l’Académie française : « La principale fonction de l’Académie sera de travailler, avec tout le soin et la diligence possibles, à donner des règles certaines à notre langue, et à la rendre plus éloquente et plus capable de traiter les arts et les sciences. »
L’Académie canadienne-française, dont plusieurs écrivains désiraient depuis quelques années l’institution a été récemment fondée à Montréal. Cette institution est une réplique, quoique sur une base plus modeste, de la célèbre Académie Française qui depuis plus de 300 ans est un des critères du bon goût littéraire en France..
Verrons-nous des écrivains, tel l’auteur de la Henriade, se moquer, d’un sourire voltairien, des vingt-quatre académiciens, mais dès qu’ils ne sont plus que vingt-trois, se radoucir afin de prendre un moelleux fauteuil parmi eux? Y en aura-t-il d’aussi constants et d’aussi sages que Louis Racine pour présenter et retirer tour à tour leur candidature jusque sur leur lit de mort? Entendrons-nous des chansons sur la lenteur académicienne, des rimes, des boutades à la Piron qui, quoi qu’il en ait écrit, fut un soir académicien? Apprendrons-nous que tel auteur, à l’instar de Molière, préféra la comédie à l’Académie? L’Académie aura-t-elle sa vie secrète, ses "prudents" et ses "agréables à la Cour?"
Comme toutes les institutions nobles, la nouvelle académie, non moins vulnérable certes, que celle du cardinal Richelieu, servira de cible aux épigrammatistes, aux humoristes, aux caricatures et … aux jaloux qui ne manquent pas chez nous. La haine des impuissants est en raison directe de la distance.
Les journaux nous apprennent cette nouvelle du plus haut style : une Académie canadienne-française, l’Académie canadienne-française a été fondée. Rien ne venait mieux à son heure… après avoir été tant attendu, et attendu sans impatience! Le peuple canadien-français est le plus grand de tous les peuples de patience. […] Il faut tout de même qu’à un moment donné de la journée il saute des genoux. Et le voilà qui se deploie, encore avec sa belle lenteur terrienne. I1 n’a pas d’impetuosité. Ce serait sa mort, s’il était mortel. C’est sa vie grosse et lente, en attendant…
Ainsi situé dans le temps, le geste que nous avons posé apparaît donc comme tout autre chose qu’un acte de notre seule volonté. La vérité est qu’il marque la cristallisation d’une longue série d’influences psychologiques et sociales. Maintenant arrivées à leur point de maturité, elles trouvent dans la fondation de l’Académie canadienne-française leur expression libre et naturelle. Une telle compagnie eût-elle existé que nous n’aurions su la dédoubler. Ici, comme ailleurs, le besoin crée l’organe. […] Dans un pays autonome, il y a place pour des institutions autonomes.
Sans malice, nous demanderons de qui elle détient son autorité, nous rappelant que l’Académie française était, à l’origine et reste en quelque sorte une institution d’état, imaginée par Richelieu et fondée sous le haut patronage du Roi de France.
Pourquoi tenter de créer à côté une sorte d’aristocratie qui n’en imposera à personne, sauf aux grands seigneurs qui se sont accordé le titre d’académiciens. Et de quel droit? Suffit-il de dire : « C’est nous qui sommes les princesses ! » pour qu’aussitôt tout le monde s’incline devant nos prétentions
[Barbeau s'est] signalé à l’attention publique par les multiples sociétés qu’il fonda à seule fin de s’en instituer le président, non pas pour des motifs égoïstes, comme les mauvaises langues le laisseront entendre, mais afin de faire bénéficier ses compatriotes de son prodigieux talent. [...] Au fond, ce sera une Coopérative d’achat du livre canadien-français. On peut s’attendre à tout avec M. Victor Barbeau! Quand on ne vend pas ses livres autrement, c’est un moyen sûr de les écouler!
Comme ses parrains de France, elle aura, elle aussi, son Institut. Mais… il y a un mais. Que faire pour « dénicher » les mécènes? Lancer un appel, un S.O.S. à la Gestapo…C’est une idée… de poids. Audaces fortuna juvat.
En quittant mon paternel notariat […], je pensais avoir de la liberté dans le monde dit littéraire. C’était de la candeur. Je m’aperçus vite qu’on y faisait de la politique partout et que la secte maçonnique était la seule qui n’y avait aucune influence.
Nos génies nationaux trouvaient à se plaindre, et peut-être avec raison, de l’indifférence de leurs compatriotes. Ils ont donc décidé de se conférer l’immortalité. Si on les ignore, nos petits-fils au moins, devront apprendre leurs noms dans les manuels d’Histoire de la littérature canadienne à venir. Ce n’est que justice.